Maarten’T Hart, La colère du monde entier

Je me souviens encore le matin de ce jour-là. M. Mollema nous avait lu dans la Bible le retour de Moïse en Egypte. Un passage m’avait obsédé tout au long de la journée. « En chemin, dans une auberge, le Seigneur l’attaqua et chercha à la faire périr. » Le Seigneur chercha à le faire périr. Je n’y comprenais rien. Si Dieu voulait tuer quelqu’un, ne Lui suffisait-il pas de claquer des doigts ? A quoi bon chercher une occasion ? Et pourquoi avait-Il « cherché à le faire périr » ? Ce passage me tombait littéralement dessus. A l’évidence, pareille chose pouvait se produire : pour d’obscures raisons, Dieu s’emportait souvent contre vous et « cherchait à vous faire périr ». S’Il avait voulu tuer Moïse lui-même, plus personne ne pouvait se dire en sécurité. Moi aussi, un beau jour, il pouvait me chercher pour me tuer.

Ce roman policier, situé dans une petite ville portuaire des environs de Rotterdam, commence comme une études de mœurs. Les querelles religieuses entre « réformés libres », « réformés néerlandais », « papistes », « réformés chrétiens », et « quelques autres francs-tireurs, soit à peu près cinq cent apostoliques, adventistes, anabaptistes et autres, sans oublier l’armée du Salut » alimentent les commérages locaux.

Le narrateur, Alexander Goudveyl, est petit garçon, jeune étudiant, puis adulte, parti pour suivre les traces de ses parents, particulièrement avares et « luthériens évangélistes restaurés ». Mais un jour, un événement survient qui changera le cours de sa vie : Arend Vroombout, le policier local amateur de petits garçons, est assassiné sous ses yeux par un homme dont le visage est masqué. De ce jour, Alexander, certain que le meurtrier reviendra tôt ou tard pour lui, n’a de cesse de découvrir la vérité et l’identité du mystérieux assassin. Son enquête le mènera à la rencontre d’une galerie de personnages étonnants, qui le conduiront peu à peu vers la révélation d’une vérité surprenante…

Outre la religion et en particulier l’austérité calviniste, le roman suit un fil conducteur qui est le monde de la musique classique. Le narrateur découvre un jour dans l’entrepôt de son père un vieux piano et un manuel de musique grâce auxquels il apprendra à jouer en autodidacte. Son évolution personnelle sera accompagnée d’une maturation musicale, de Beethoven, « ce compositeur pour enfants et vieillards » à Bach, qui sera orchestrée par ses diverses rencontres.
Finalement,  c’est dans la musique qu’ Alexander trouvera sa propre religion :

Moi aussi j’avais trouvé mon Dieu. Mais mon Dieu à moi s’appelait Bach, et que d’autres divinités se soient ensuite jointes à lui, si elles ne l’accompagnaient pas déjà – Mozart, Schubert, Verdi, Wagner – ne saurait me valoir sa jalousie, car chez moi l’amour le plus profond, le plus grand et le plus durable demeure voué à Jean-Sébastien Bach, surtout celui qui se révéla ce dimanche-là : le Bach des cantates, le Bach qui composa les plus belles mélodies jamais écrites, dont l’un des sommets n’est autre, dans une œuvre par ailleurs imposante, que le bas-aria de la Cantate 104.

Note: 2,5/5

If you enjoyed this post, please consider to leave a comment or subscribe to the feed and get future articles delivered to your feed reader.

Comments

No comments yet.

Leave a comment

(required)

(required)