Jean-Christophe Grangé, Les Rivières pourpres
Les premières pages du roman de Jean-Christophe Grangé, Les Rivières pourpres, ont éveillé un doute quand à mon envie de poursuivre la lecture: narration des bagarres entre hooligans après un match de foot, violence gratuite, flics endurcis, tout évoquait l’ambiance trop réaliste des séries françaises telles que "Commissaire Moulin", ou "Quai n°1". En effet, aux enquêtes dans les quartiers sordides d’un Paris nocturne, où les milieux de la drogue et de la corruption sévissent, je préfère l’ambiance feutrée et "exotique" des romans policiers anglais, là où les meurtres se détachent sur fond de paysage brumeux et de cottages isolés dans les landes sauvages. La touche typiquement british est indissociable de ma conception d’un bon roman policier.
Ainsi, en lisant, au dos de la couverture des Rivières pourpres, l’opinion du Magasine littéraire, mon scepticisme s’est accru:
On a souvent dit que le thriller était la chasse gardée des Anglo-Saxons. Avec "Les Rivières pourpres", Grangé vient de prouver qu’un auteur français était non seulement capable de prendre place sur leur terrain favori mais également d’être, sans rien leur devoir, un de leurs vrais rivaux.
Faisant néanmoins confiance à l’excellent Magasine littéraire, j’ai poursuivi ma lecture, me trouvant dès la vingtième page accrochée à ce roman. Je dois même avouer qu’il m’a fallu des efforts suprêmes pour fermer le livre. L’intrigue semble simple, au départ:
Un jeune bibliothécaire est retrouvé atrocement mutilé dans les montagnes au-dessus de Guernon, petite ville universitaire de l’Isère, près de Grenoble. Le commissaire Pierre Niémans, policier brillant, mais dont la violence incontrôlable lui vaut des ennuis professionnels, est dépêché sur place. A mesure que l’histoire avance, l’intrigue se ramifie et prend des chemins imprévisibles, plongeant la police dans une perplexité grandissante. A plusieurs kilomètres de là, à Sarzac, dans le Lot, le Lieutenant Karim Abdouf, au passé aussi suspect que celui de ceux qu’il traque habituellement, est appelé dans une école primaire, à la suite d’une effraction. Quel est le rapport entre les deux enquêtes? C’est ce que l’histoire va peu à peu nous révéler, dans un crescendo vers l’explosive révélation finale.
Les Rivières Pourpres est un thriller à la narration et au style viril, qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin, même si la conclusion ne se révèle peut être pas tout à fait à la hauteur de nos attentes. C’est dommage, Grangé aurait pu pousser l’audace plus loin…
Contrairement à certaines revues, je n’aurais pas eu l’idée d’établir une comparaison entre Les Rivières pourpres et le roman à suspense britannique. Les britanniques ont un art inimitable en la matière, et ceci reste indiscutable. Le bon thriller français a sa spécificité, une capacité à partir d’un réalisme quotidien pour flirter avec les domaines de la science fiction et de l’anticipation, tout en restant, à tout moment, crédible. Peut-être a-t-on hérité cette caractéristique du genre fantastique de la 2ème partie du XIXème siècle, d’auteurs tels que Guy de Maupassant, Mérimée ou Barbey d’Aurevilly. C’est pourquoi plutôt que de dresser un parallèle entre Les Rivières pourpres et le Silence des Agneaux (pourquoi chercher à s’identifier aux Anglo-Saxons?), je placerai plutôt Grangé dans la lignée de ces auteurs qui ont su intégrer une part plus ou moins importante de science-fiction au réel, comme Boileau et Narcejac, René Barjavel, Bernard Lenteric, ou, plus récemment, Bernard Werber…
Note: 3/5
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