François Weyergans, Trois jours chez ma mère

Les visiteurs de ce blog et de son compagnon (discussing-books.com) auront compris que je préfère la littérature anglo-saxonne aux publications de nos éditeurs français, mais j’ai décidé, ces derniers temps, de prendre de bonnes résolutions, de faire des efforts et de me remettre un peu à la page, question publications françaises…

Quoi de mieux pour commencer cette remise en selle que le prix Goncourt de cette année, me direz-vous? Après avoir entendu l’éloge de Weyergans par les chroniqueurs de l’émission On a tout essayé, j’ai eu envie, moi aussi, de l’essayer…

Trois jours chez ma mère, c’est un narrateur, François Weyergraf, écrivain, qui se retrouve en pleine crise de la cinquantaine, des dettes jusqu’au cou, des projets de livres plein la tête mais rien de concret sur le papier. Il fait un bilan sur sa vie, une vie un peu désordonnée, comme ce roman, remplie de rencontres amoureuses, d’idées de livres plus ou moins avortées, de voyages, de musique et de psychanalyse. Il évalue l’importance des femmes dans sa vie: sa mère, ses cinq sœurs, sa compagne Delphine et les nombreuses conquêtes de passage.

Trois jours chez ma mère, c’est à l’image du narrateur, un roman brouillon, pédant, rempli de références culturelles qui semblent être là pour la beauté de la référence uniquement. Au fond, en montrant un narrateur qui fourmille d’idées pour un roman mais n’aboutit pas dans ses projets, l’auteur montre sa propre incapacité à écrire un bon roman. On peut appeler cela du génie, si on veut… L’idée d’un personnage principal écrivain, proche de l’auteur par de nombreuses caractéristiques et saisi par l’angoisse de la page blanche, n’est pas nouvelle. Paul Auster concrétise cela presque avec chaque livre, Irving l’a brillamment illustré dans Le Monde selon Garp. Celle d’un roman enchâssé dans le roman n’est pas inédite non plus: Irving encore, ou Margaret Atwood, entre autres, l’ont déjà fait. Mieux encore, le roman enchâssé dans L’Assassin aveugle de Margaret Atwood se nomme l’Assassin Aveugle. On ne s’extasie donc plus devant l’ingéniosité d’un Trois jours chez ma mère dans Trois jours chez ma mère. Et non, Weyergans n’a pas inventé la mise en abyme! (pas plus que Irving ou Atwood d’ailleurs, puisqu’on trouve déjà cette technique littéraire au Moyen-Âge). Mais à la différence de Weyergans, Irving et Atwood sont de vrais conteurs. Quand à Paul Auster, il a un univers littéraire qui lui est propre. Weyergans, avec Trois jours chez ma mère, ne raconte pas vraiment d’histoire et ne me frappe pas par l’originalité de son univers littéraire. On devrait enlever leur permis d’écrire aux auteurs qui ont perdu la capacité de raconter une histoire.

Avec Trois jours chez ma mère, on ne décolle pas du sol. C’est bien écrit, certes, mais terre-à-terre et nombriliste à l’extrême. Weyergraf/stein ou encore Graffenberg, les différentes facettes de l’égo du narrateur ennuient, même si le dernier quart du livre a le mérite d’être mieux enlevé que le reste. Weyergans se fait mousser, et compte sur le fait que le lecteur mourra d’envie de savoir quels sont les éléments autobiographiques dans ce roman, un pari plutôt audacieux… Pour moi la mayonnaise ne prend pas, la vie de François Weyergans ne m’intéresse pas plus que celle de François Weyergraf et j’en reviens une fois de plus, malgré moi, à l’éloge de mes chers anglo-saxons…

Note: 2/5

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Comments

Pour remercier Marie Javet pour la commentaire. Jusqu’ici, je pensais que c’etait moi qui a du mal a reconnaitre les qualites pour les quelles il a gagne le prix Goncourt. je suis encourager et je vais preconiser Margaret Atwood (en traduction bien sur) pour notre ‘French Book Club’.

MMAM

Si vous y pensez, laissez-moi un commentaire pour me dire ce que le “French Book Club” en a pensé (de Margaret Atwood)… Tout autant sinon plus que “l’Assassin aveugle”, “Le dernier homme” serait un excellent choix pour une discussion de groupe. À mon avis, après Weyergans, vous ne pourrez qu’apprécier la différence :)

Pas du tout aimé ce roman.

Je ne l’ai pas trouvé bien écrit… Il y a beaucoup trop de plus-que-parfaits notamment, non-justifiés, et des incohérences de temps entre le récit et le verbe.

Nominaliste aussi, sans doute

Par contre j’avais aimé Franz et François, malgré là aussi des faiblesses de constructions… un moment de détente

Je ne pense pas que j’aurais le courage de lire un jour un autre roman de cet auteur… “Franz et François”: encore des variations sur son propre personnage, peut-être beaucoup d’autodérision, mais pour moi ça reste du nombrilisme…

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