Gilbert Sinoué, Akhenaton, Le Dieu Maudit
Dans un avant-propos, Gilbert Sinoué explique les raisons pour lesquelles il a privilégié une approche romancée à une biographie du pharaon Akhenaton. Les raisons en sont compréhensibles: il existe très peu d’informations sur le personnage…
S’il est une chose que l’on retient à la fin de la lecture d’Akhenaton, c’est en effet que l’on dispose de très peu d’éléments qui permettent de retracer les étapes de sa vie. Et encore, rien n’est définitivement acquis, puisque ce que l’on sait ou croit savoir est sujet à disputes et remises en question. C’est peut-être seulement pour ces raisons que ce livre m’a plutôt déçu…
D’Akhenaton, on sait en général que celui-ci a tenté d’instaurer le monothéisme en Égypte, ou plus exactement, le culte du soleil. La réalité, apparemment, est qu’Akhenaton n’a pas fait beaucoup de prosélytisme, et n’a pas non plus investi beaucoup d’efforts dans la destruction des autres cultes. Pacifiste, Akhenaton a également préféré laisser les relations entre l’Égypte et ses pays voisins se dégrader plutôt que de lancer ses armées dans un conflit. Pharaon plutôt "mou" donc, il laissa sa femme Néfertiti porter la culotte jusqu’à ce que celle-ci le quitte. On apprend aussi qu’Akhenaton avait un physique très féminin, et on spécule encore pour savoir si cette féminité était le résultat ou non d’une maladie génétique qu’on n’a pas encore identifiée avec certitude. On soupçonne qu’Akhenaton était homosexuel, sans que ceci ne soit prouvé, peut être même aurait-il partagé la fin de son règne avec un de ses amants…
Connaissant très peu l’Égypte ancienne, je ne me permettrai pas de juger l’ouvrage de Gilbert Sinoué quant à son contenu. Sinoué semble en tout cas maîtriser son sujet, ainsi que les dernières théories en vigueur. C’est sur la forme plus que sur le fond que portent mes critiques: Akhenaton, Le Dieu Maudit présente une correspondance entre deux contemporains d’Akhenaton, dont l’un a été l’amant, et qui se remémorent son règne, pour la postérité. C’est ainsi qu’ils justifient certaines explications qui ne leur sont pas nécessaires, mais qui sont certainement utiles au lecteur. Une discussion entre deux égyptologues contemporains au sujet de cette correspondance alterne avec les lettres…
Je trouve que Sinoué aurait dû aller jusqu’au bout de son choix d’écrire un roman. S’il avait opté pour une biographie, il aurait pu effectivement nous énumérer toutes les hypothèses, ainsi qu’il le fait, et surtout nous épargner une correspondance qui n’a même pas l’apparence de l’authenticité (Sinoué justifie avoir voulu utiliser des expressions contemporaines, mais ce que l’on comprend moins, c’est que les personnages aient une mentalité contemporaine et un recul critique sur les événements peu réaliste une vingtaine d’années seulement après les faits). A cela il aurait pu rajouter quelques informations plus générales sur l’Égypte au temps des pharaons. Dans le cadre d’un roman, l’exposé des diverses théories s’avère un peu rébarbatif, ainsi que l’obligation d’aller se référer à la fin du livre pour l’explication de certains termes. Dans le cadre d’un roman, Sinoué aurait dû faire preuve d’imagination, effectuer des choix entre ces différentes théories et nous présenter un Akhenaton certes inauthentique, mais du moins unifié, un être de substance. Ici on ne saisit a aucun moment l’essence d’Akhenaton, on reste avec une image fragmentée et lointaine. Sinoué justifie son choix dans l’avant-propos, mais ce choix ne s’avère pas convaincant. Je reconnais cependant que la tâche ne devait pas être facile, et Sinoué a au moins le mérite de bien dominer son sujet…
Note: 3/5
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