Dai Sijie, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise
Chine, 1971. La révolution culturelle est en marche. Mao ordonne la fermeture des universités et les jeunes "intellectuels" doivent aller faire leur "rééducation" à la campagne, c’est à dire abandonner livres, projets professionnels et familles pour travailler la terre aux côtés des paysans.
Le narrateur et son ami Luo, qui jugent que l’étiquette d’"intellectuels" leur sied mal, étant donné qu’ils n’ont jamais mis les pieds au lycée et que leurs performances au collège furent loin d’être mémorables, arrivent dans un village situé sur la montagne du Phénix du Ciel, près de Yong Jing. Parvenant à convaincre le chef du village que Mozart composait ses musiques pour la gloire du grand Timonier, le narrateur réussit à conserver son violon à l’aide duquel il distrait le village entier, faisant souffler dans les coeurs un vent d’occident.
Mais la dissidence amenée par les deux compagnons d’infortune ne s’arrête pas là… Un jour ils mettent la main sur une valise remplie de chef d’oeuvres de littérature européenne traduits en chinois bien que leur diffusion soit strictement interdite dans l’ensemble du pays: Le Père Goriot, Ursule Mirouët et Eugénie Grandet de Balzac, ainsi que des romans de Dumas, Melville et Flaubert.
Les histoires que ces livres leur font connaître, ils les narrent le soir aux gens du village, qui se rassemblent de plus en plus nombreux pour savoir comment Edmond Dantès accomplira sa vengeance, au grand dam du chef du village qui ne saurait tolérer les récits "réactionnaires". Les deux amis parviennent ainsi à oublier les journées pénibles à la mine ou aux champs. C’est également grâce aux écrivains français que Luo va conquérir la Petite Tailleuse, fille du couturier qui habille les gens de la montagne. Elle verra son destin à jamais transformé par Balzac…
Vite lu, d’une légèreté narrative agréable, ce roman, encensé par Bernard Pivot à sa sortie, apporte un regard sur la révolution culturelle beaucoup plus insouciant que les récits habituellement inspirés par les années de tyrannie maoiste. Le message de ce petit livre sans prétention et truffé de scènes cocasses est le suivant: la dictature ne tuera jamais l’art et les idées réussissent toujours à triompher, même sous la plus sévère des censures, même au coeur du plus isolé des villages de montagne…
Note: 3,5/5
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