Theodore Roszak, Le Diable et Daniel Silverman
Daniel Silverman est juif, athée et homosexuel. C’est aussi un romancier dont le premier roman fut aussi le dernier succès. Ses romans suivants largement ignorés, il donne encore des cours et des conférences qui lui permettent d’arrondir les fins de mois. Lorsque le Faith College du Minnesota, un collège évangélique, l’invite à venir parler aux élèves en tant qu’écrivain humaniste, Silverman accepte, malgré les réticences de son ami Marty qui ne veut pas passer les fêtes de nouvel an à San Francisco sans lui: les 12000 dollars proposés pour sa prestation lui paraissent une aubaine que l’on ne peut pas refuser.
Mais Daniel va vite regretter d’avoir cédé à l’appât du gain. Il se rend compte que les membres de la congrégation sont de véritables fondamentalistes, dont les valeurs et la vision du monde sont aux antithèses des siennes. Sa conférence tourne vite en débats d’idée autour de l’holocauste, de l’avortement ou encore de l’homosexualité, débat dans lequel Daniel se retrouve face à une bande de fanatiques rivés aux paroles de la bible:
Au lieu d’ouvrir leur esprit à l’expérience, leur seul livre leur verrouillait portes et fenêtres. Ils avaient isolé le doute et, avec lui, tout ce qui faisait de la vie une aventure. C’est là où ils puisaient leur assurance pour vilipender, condamner et rejeter. Les paroles d’un livre, des livres écrits par les hommes. Cela aussi, la littérature pouvait le faire. Cela pouvait vous dévorer l’esprit et le réduire en bouillie, endurcir le cœur et légitimer le meurtre. Pire qu’une menace physique qu’il pourrait ressentir, cette idolâtrie imbécile du livre l’amenait à se demander si le mot écrit, aussi cher lui fût-il, valait toutes les souffrances qui étaient nées de lui.
Seul, Daniel ne l’est pas tout à fait, car il va se rendre compte qu’au sein de la communauté, une petite enclave constituée de ceux-là même qui ont convié Daniel dans le Minnesota remet en question les enseignements des pontes du Faith College. Mais Daniel a d’autre soucis que de se montrer une source d’inspiration pour un petit nombre de chrétiens rebelles; il a de plus en plus l’impression que l’on veut attenter à sa vie, mais se retrouve bloqué sur le campus par un blizzard terrible.
Les amateurs de thriller qui ont apprécié La Conspiration des Ténèbres pour son suspense risquent d’être déçus par Le Diable et Daniel Silverman qui n’est pas à proprement parler un thriller, mais plutôt un roman atypique qui amène le lecteur à méditer sur plusieurs sujets liés à la théologie et à la morale. Comme dans son précédent roman, Roszac s’est documenté à fond sur son sujet, et jongle aussi bien avec l’iconographie du diable et de l’enfer qu’avec les allégories du Voyage du Pèlerin de Bunyan. Le Diable et Daniel Silverman s’en prend à la bêtise et à l’ignorance, il présente une critique acerbe du fondamentalisme chrétien et est une apologie à la tolérance. L’auteur fait preuve d’humour (surtout dans les premiers chapitres qui évoquent de manière drolatique le monde de l’édition), et crée avec Silverman un personnage principal sympathique et attachant…
Note: 3,5/5
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