Theodore Roszak, La Conspiration des ténèbres
Jonathan Gates est un étudiant en cinéma dans les années 60, dont la passion pour le septième art s’éveille alors qu’il fréquente le Classic, un cinéma délabré de Los Angeles, et sa propriétaire revêche Clare, qui exerce sur lui, malgré ou grâce à l’aspect austère de sa mise, un attrait qu’il associe avec les actrices française, qui ont "l’allure des étudiantes blasées que le héros rencontre au café."
Jonathan voit ses goûts modelés par Clare, qui devient à la fois sa maîtresse et son mentor. Elle lui apprend à discerner entre les chefs d’œuvres (Les Enfants du Paradis, Citizen Cane), et les navets, comme par exemple tous les films de vampires que son petit ami officiel, Sharkey, adore. Un jour, Gates est intrigué par un réalisateur peu connu, Max Castle, qui n’a pas laissé d’œuvres majeures à la postérité, mais justement quelques films avec des noms aussi peu prometteurs que Le Comte Lazare ou Le Festin des morts-vivants. Ce qui l’intrigue surtout est la réaction de Clare à la vision d’un de ces films, subtilisés par erreur à un riche héritier. Le film Judas Jederman, laisse Clare sans voix, ce qui est inhabituel pour une critique à l’avis habituellement tranché. Jonathan lui-même ressent une impression étrange à la vue du film, une sorte de malaise. Peu à peu, il se lance sur les traces de Max Castle et de son œuvre disparue, qu’il arrive à reconstituer peu à peu au fil de rencontres étranges avec des personnages déroutants. Il réalise progressivement qu’il y a plus dans les films de Castle que ce que le spectateur peut en voir à l’œil nu. Bientôt, Jonathan se trouve embarqué sur les traces d’une conspiration étonnante impliquant la secte médiévale des Cathares, et découvre un complot qui pourrait avoir de terribles répercussions sur l’avenir…
La Conspiration des Ténèbres est un roman original, et même s’il évoque un étrange mélange entre Le Pendule de Foucault d’Umberto Eco et Le livre des Illusions de Paul Auster, il se démarque de tous les romans ésotériques qui fleurissent depuis le succès du maître italien du genre. L’auteur utilise ses connaissances dans le domaine de l’histoire et du cinéma pour élaborer une conspiration tout à fait crédible, il mélange allègrement faits et fiction, l’ambiance est noire à souhait, la conclusion originale, et l’effet produit par le roman sur le lecteur similaire à celui des films de Max Castle sur le spectateur! On en ressort avec une vision du monde un peu… manichéenne. On peut déplorer cependant la longueur du roman; 700 pages qui à mon avis ne sont pas entièrement justifiées. L’auteur part parfois dans toutes les directions et se complaît dans des descriptions techniques redondantes (autour du fameux scintillement, "flicker", ou autres procédés cinématographiques) qui n’en restent pas moins obscures. Le style est assez médiocre, même si la cause en est sûrement en partie imputable au traducteur. Un bon roman donc, mais qui aurait pu être très bon, si l’auteur avait mieux maîtrisé son histoire, et l’éditeur avaient su effectuer les coupes nécessaires…
Note: 3/5
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