Amélie Nothomb, Ni d’Eve ni d’Adam
Après nous avoir fait partager son expérience malheureuse au sein d’une entreprise nippone, Amélie Nothomb revisite le Pays du Soleil Levant cher à son cœur pour nous raconter la relation, amusante et originale, qu’elle entretint pendant deux ans avec Rinri, un jeune étudiant japonais.
Ceux qui sont habitués à la plume drôle et féroce d’Amélie Nothomb sauront apprécier ce roman, bien que la férocité soit ici un peu mise entre parenthèses car comme l’écrit l’auteur: "Il n’est pas banal que j’écrive une histoire où personne n’a envie de massacrer personne, c’est sans doute ça, une histoire de koi." Koi, synomyme d’avoir du goût pour quelqu’un, s’oppose, nous explique Nothom, à ai, l’amour, la passion. Rinri est un être gentil, attentionné, sans bassesse ni méchanceté. Or, écrit l’auteur, avec la franchise qui la caractérise:
S’éprend-on de ceux pour qui l’on a du goût? Impensable. On tombe amoureux de ceux que l’on ne supporte pas, de ceux qui représentent un danger insoutenable.
De cette relation satisfaisante et dénuée de passion, Nothomb nous fait un portrait drôle et émouvant, elle met en relief les particularités des japonais, ce qui les rend si différents de nous, et les incompréhensions qui peuvent parfois résulter de ces nuances culturelles. Ainsi, on apprend que montrer des jambes blanches sans collants suffit à offenser une belle-mère japonaise, qu’ignorer comment répondre correctement à une question négative peut avoir de lourdes conséquences, ou encore, que même une simple rencontre autour d’une table avec les amis de son fiancé est codifiée et peut se transformer en conférence sur les bières Belges.
L’amour de l’auteur pour le Japon est contagieux, on ressort du livre avec l’envie de contempler le mont Fuji (sinon de l’ascensionner), et celui de manger de l’okonomiyaki (à la sauce d’Hiroshima). Ni d’Eve ni d’Adam, raconté comme une autobiographie, porte pourtant la mention de roman, ce qui laisse penser que l’auteur s’est accordée ici et là quelques libertés imaginatives. Tant mieux, car réalité ou fiction, le résultat est charmant, tout à fait convaincant, savoureux et frais comme un sushi. Vivement recommandé, même à ceux qui ne sont pas des inconditionnels d’Amélie Nothomb…
Note: 5/5
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