Jacqueline Harpman, En toute impunité
Jean Avijl, le narrateur de cette histoire, se trouve un jour en panne de voiture devant une magnifique demeure, la Diguière, datant du XVIIIème siècle. Lorsqu’il demande de l’aide, on lui propose de le loger pour la nuit, pour 100 euros. Malgré sa surprise, il accepte, car il n’a pas vraiment le choix. Petit à petit, le charme des femmes de la Diguière et la beauté de la maison elle-même séduisent Avijl, qui est architecte de son métier. Son séjour se prolonge plus que nécessaire…
Grâce à ses conversations avec Madeleine, l’employée de maison, et en surprenant des bribes de dialogues des femmes entre elles, qui ne font aucun effort pour être discrètes, le narrateur comprend que leur situation financière est désespérée. Leur travail suffit à peine à les faire vivre, et la maison elle-même est un gouffre financier. La toiture devrait être réparée avant l’hiver, mais ces dames n’en ont pas les moyens. Alors, elles ont mis au point un plan de la dernière chance. Elles ont envoyé leur mère en cure à Vichy, afin qu’elle y trouve un homme riche à épouser. Ces dames ne reculent vraiment devant rien…
Quelques mois plus tard, le narrateur, curieux du sort de la Diguière et de ses occupantes, profite d’un déplacement dans la région pour s’y arrêter. Il y est accueilli à bras ouvert, et constate que la situation a évolué…
En toute impunité est un roman bien écrit, à l’atmosphère volontairement surannée. Jacqueline Harpman a voulu montrer à la fois la modernité de ces femmes (qui sont indépendantes, ont un franc-parler bien contemporain et sont très au fait des technologies modernes) et leur façons de vivre très désuètes (le lavage de la vaisselle et de la lessive à la main, ou encore la volonté d’harponner un riche mari ou de préserver les traditions familiales). Le résultat est un roman tout en contrastes et paradoxes. Par la construction et les thèmes abordés, Jacqueline Harpman rend bien sûr hommage à la littérature du XIXème siècle et notamment à des auteurs comme Barbey d’Aurevilly. Par le biais du narrateur, elle fait aussi un clin d’œil humoristique à ses romans précédents. Il manque cependant à ce roman un élément de surprise, un retournement de situation, pour le rendre totalement original. On a plaisir à découvrir les étranges habitantes de la Diguière mais on n’a aucun doute quand au dénouement de l’histoire. C’est un peu dommage…
Note: 3,5/5
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