Claude Farrère, L’Homme qui Assassina

L’Homme qui Assassina, roman de Claude Farrère, écrit en 1906, n’est plus réédité aujourd’hui. Claude Farrère, lieutenant puis capitaine dans l’armée navale, démissionna pour se consacrer à l’écriture et fut élu à l’académie française en 1935.

L’Homme qui Assassina est un roman exotique, et plus exactement orientaliste, dans la tradition du Bajazet de Racine auquel le roman fait allusion, ou plus près de nous, de Pierre Loti et Joseph Arthur de Gobineau. Ce goût pour les récits de voyage, qui a eu un regain au XIXe et au début du XXe siècle, avec l’expansion du colonialisme, a un peu disparu avec l’évolution des moyens de transport et de communication, lorsque le lointain est devenu enfin accessible au plus grand nombre, grâce à l’avion ou, plus modestement, au poste de télévision. Pourtant, on trouve toujours quelques auteurs, comme Nicolas Bouvier, qui ont perpétué le genre jusqu’à nos jours. Le roman exotique ou roman de voyage propose des impressions de l’ailleurs, des images, des odeurs associées a un pays lointain; il propose au lecteur un dépaysement, une évasion. L’Orient, en particulier, est très prisé, il a aussi été parfois idéalisé par des écrivains qui n’en ont eu qu’une connaissance encyclopédique (comme Victor Hugo), et qui projetèrent leurs propres rêves d’Orient sur cette terre lointaine.

L’Homme qui Assassina illustre parfaitement le genre du récit de voyage. Le narrateur, le marquis Renaud de Sévigné, est un colonel attaché à l’ambassade de Turquie. Rêvant d’héroïsme, il doit se contenter de fréquenter les salons. Il souhaite pourtant découvrir l’Istanbul telle que la connaissent les musulmans, et fuit les communautés grecques ou arméniennes qui vivent dans les alentours d’Istanbul: il veut vivre comme les Turcs. Ce n’est pourtant pas d’une Turque, mais d’une Créole, mariée à un anglais, le baron de Falkland, que de Sévigné s’éprend. Cette femme malheureuse, en plein troubles conjugaux, émeut le marquis et devient progressivement son amie, lui faisant découvrir les merveilles d’Istanbul. Insensiblement, de Sévigné va se retrouver mêlé à ses problèmes…

Histoire à petite intrigue policière, comme son titre l’indique, L’Homme qui Assassina est surtout un prétexte à nous faire connaître Istanbul, ses mosquées, ses minarets, ses maisons mal alignées et son Bosphore. Un peu plus qu’un guide touristique, un peu moins qu’un roman policier, L’Homme qui Assassina fournit une image romantique de la Turquie et une vision idéalisée de l’Islam. Quelques allusions racistes (notamment antisémites) et une profonde misogynie, caractérisent le narrateur, un "vieux" beau de quarante-six ans très fier de sa personne. C’est peut-être pour ces raisons, et à cause d’une écriture un peu trop enthousiaste (truffée de points d’exclamations) que L’Homme qui Assassina a été relégué aux oubliettes…

Note: 3/5

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