Catherine Clément, La Valse Inachevée

La Valse Inachevée s’inspire d’un épisode authentique de la vie d’Elizabeth d’Autriche, surnommée Sissi. Sissi, qui, contrairement à la légende entretenue par la série télévisée interprétée par Romy Schneider, n’était pas amoureuse de son cousin et mari l’empereur François-Joseph, eut une idylle platonique d’un soir avec un jeune homme rencontré lors d’un bal masqué où elle se rendit incognito. Bien qu’elle ne le revit jamais, Sissi entretint une correspondance pendant des années avec "son" jeune homme, et la romancière Catherine Clément, qui a également écrit une biographie sur Sissi, a pensé que cette idylle pourrait donner naissance à un roman.

La Valse Inachevée débute avec le bal de la Redoute, un bal où les gens de la noblesse et de la bourgeoisie s’encanaillent un peu. Sissi a déjà trente-six ans, elle vient d’être grand-mère pour la première fois. Sauvage, secrète, détestant la foule, Sissi accepte pourtant de passer la soirée avec un jeune homme, employé au ministère des affaires étrangères, qui l’a sauvée des griffes d’hommes un peu trop entreprenants. Vêtue d’un domino jaune et accompagnée de sa dame de compagnie, la comtesse Ida Ferenczy, Sissi accepte de laisser tomber le masque, non celui qui cache son visage, mais celui qui voile son âme. Elle danse la valse avec le jeune homme, et, sans rien lui révéler de son identité, lui parle à coeur ouvert, de ces goûts, de ses désirs, etc. Mais Ida oublie les recommandations de Sissi et l’appelle "Votre Majesté". Prise de panique, Sissi s’enfuit, telle Cendrillon. Pensant à son jeune homme, elle lui écrit une lettre lui rappelant la soirée du bal, l’intimité partagée, et la fait envoyer de Londres, alors qu’elle-même est à Vienne, pour ôter de l’esprit du jeune homme l’idée que le "domino jaune" et Sissi sont une seule et même personne.

Le jeune homme, Franz Taschnik, se demande, toute sa vie durant, si la femme au domino jaune, qu’il ne parviendra jamais à oublier malgré un mariage et la naissance de deux enfants, était ou non l’impératrice Sissi, celle que pendant toute une soirée il appela Gabrielle. D’abord obsédé par l’inconnue, Franz tente de multiplier ses rencontres avec l’impératrice, il ira même jusqu’à apprendre à monter à cheval, puisque Sissi est passionnée d’équitation. Ensuite, lorsque les lettres s’espacent et se raréfient, et que Franz construit sa propre famille, Gabrielle devient un souvenir lointain, quelques lettres conservées dans une boite et un éventail cassé…

La Valse Inachevée donne à son auteur l’occasion de retracer la vie de l’impératrice. Des flash-backs renseignent sur son mariage contraint, la contamination par la syphilis, une rumeur qui persiste bien qu’on n’ait aucune preuve que François-Joseph en eut été atteint, son attitude de mauvaise mère, selon les autrichiens qui ne l’aimaient pas, ou plutôt, selon ses défenseurs, son destin malheureux de mère à qui l’on avait ôté ses enfants pour les élever sous la houlette rigide du protocole et de l’archiduchesse Sophie. Des passions de Sissi, on découvre l’équitation, les exercices physiques qui épuisent le corps mais préservent la sveltesse, et la Hongrie, la Hongrie surtout que Sissi adora toute sa vie. On la découvre capricieuse, autoritaire, superficielle, mais aussi passionnée par les causes qu’elle défend (comme lorsque ses visites répétées des asiles et la mort de son cousin Louis de Bavière la poussent à remettre en question les hôpitaux psychiatriques et leurs méthodes désuètes et barbares) et parfois, rarement, capable de tendresse. Au travers de l’histoire romantique entre Sissi et Franz Taschnik, on découvre aussi les problèmes politiques d’un pays tiraillé entre les problèmes internes et externes; la poudrière des Balkans, la montée des Pangermanistes et de l’antisémitisme, les manifestations des partisans de la république et des socialistes, ou encore le mécontentement des Tchèques qui n’ont jamais été reconnus par l’empire à l’égal de la Hongrie…

Cette fresque historique commence en 1874 et s’achève en 1934. Si l’on apprend beaucoup de choses à la fois sur une impératrice et sur un empire (les différentes théories qui ont entouré le mystère de la mort de Rodolphe, le prince héritier, sont très intéressantes, par exemple), on reste tout de même sur une impression de superficialité. Peut être que l’angle de cette histoire d’amour ne justifiait finalement pas un roman aussi long. En donnant à Franz une épouse juive, Catherine Clément aborde tous les problèmes lies à la montée de l’antisémitisme, ce qui est intéressant, mais conduit Clément à aborder beaucoup de différents thèmes, sans en creuser vraiment aucun. Après une très lente évolution de l’action, du bal de la Redoute à la mort de l’impératrice, Catherine Clément raconte en quelques pages un peu étourdissantes tous les événements qui ont conduit de 1898 à la montée d’Hitler, le rythme s’accélère de façon un peu maladroite, les événements politiques sont listés les uns après les autres dans un final qui laisse le lecteur épuisé, comme après une valse trop rapide…

La Valse Inachevée est un roman instructif et agréable à lire, bien qu’un peu fourre-tout…

Note: 3/5

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