Antoine Audouard, Adieu mon unique


- Sais-tu qui je suis?
- Un maître.
- Qu’as-tu à faire d’un maître?
- Rien, vraiment.
- Et pourtant tu me suivais. Tu devrais faire comme moi, l’ami: tue tes maîtres.

Ainsi se déroule la première rencontre entre "le maître", Pierre Abélard, et l’un de ses nouveaux disciples, Guillaume d’Oxford.
Ce personnage de Guillaume d’Oxford, homme sans attache qui a peu lu, beaucoup voyagé, aimé et tenu l’office de copiste au monastère de Fontevraud, est  narrateur et témoin de l’histoire d’amour célèbre entre le philosophe et Héloïse. 

Audouard fait de Guillaume l’ami inconnu, celui à qui Abélard adressera la célèbre Historia Calamitatum, l’histoire de ses malheurs. Témoin privilégié des événements et intime des deux personnages, puisqu’il est à la fois l’ami servile d’un Abélard "génial, insupportable, généreux, oublieux" et désespérément amoureux lui aussi d’Héloïse, son histoire nous plonge au coeur d’un Moyen-âge vivant et loin de l’obscurantisme qu’on lui associe parfois.

Par l’intermédiaire du narrateur, nous suivons Abélard de la conquête d’Héloïse à la castration, des brillantes démonstrations publiques sur l’unité et la trinité divine aux procès publics où on le traîne en hérésiarque. Nous découvrons Héloïse, jeune fille cultivée qu’Abélard séduit sous le toit de son oncle, la colère de ce dernier, la fuite des fautifs, la grossesse et la naissance d’un fils, Astrolabe, et enfin le mariage des deux amants, qui, tenu secret, mène Abélard à sa perte. Nous les voyons encore évoluer après que tous deux deux soient entrés en religion. Audouard évoque les difficultés rencontrées par Abélard avec les moines de l’abbaye de Saint-Denis, puis avec ceux de Saint-Gildas de Rhuys, la fondation du couvent du Paraclet, et enfin la reprise en main du Paraclet par Héloïse, devenu abbesse.

Toute une galerie de personnages réels ou fictifs vient étoffer le roman: Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, Bernard de Clairvaux, abbé de Cîteaux, Giselbert le sculpteur, Robert d’Abrissel, le fondateur de Fontevraud, Arnaud de Brescia… Nous découvrons ainsi, en plus de l’histoire d’Héloïse et Abélard, d’autres aspects du temps des bâtisseurs de cathédrales et de la ferveur religieuse.

D’une écriture fluide et poétique, très bien documenté, Adieu mon unique nous apporte une perspective intéressante sur les deux amants célèbres de la littérature médiévale, en plus d’une hypothèse, fictive mais originale, sur l’authenticité de leur correspondance. Audouard peint une Héloïse passionnée et révoltée, telle qu’elle apparaît au travers des lettres, mais le personnage d’Abélard est rendu beaucoup plus humain et sympathique que la correspondance ne le laisse supposer…

Note: 3/5

If you enjoyed this post, please consider to leave a comment or subscribe to the feed and get future articles delivered to your feed reader.

Comments

No comments yet.

Leave a comment

(required)

(required)