Muriel Barbery, L’Élégance du hérisson

Renée est une concierge de 57 ans qui s’occupe d’un hôtel particulier chic, 7 rue de Grenelle, à Paris. Elle côtoie des familles bourgeoises qui la snobent quotidiennement, et se prête au jeu: c’est normal, elle connaît les dangers des prétentions sociales. Pourtant, Renée est extrêmement intelligente et possède une culture autodidacte impressionnante. Aux yeux des autres, elle colle parfaitement au cliché de la concierge: désagréable, mal lunée, mangeant du cassoulet et regardant des soap opéras à la télé. Dans le privé néanmoins, elle fait preuve de goûts nettement plus sophistiqués: musique classique, marinades de poisson au coriandre, auteurs russes et philosophes font partie de son quotidien. Renée n’a qu’une crainte: se trahir et révéler devant autrui la sophistication de ses goûts…

Paloma, douze ans, est l’une des habitantes du 7 rue de Grenelle. Entre une sœur normalienne obsessionnelle compulsive, un père député et une mère qui passe son temps à s’occuper de ses plantes vertes, elle ne trouve pas sa place. Surdouée, elle a déjà compris que l’être humain est condamné à finir dans un bocal, comme un poisson rouge. Pour elle, il n’y a pas de surprise: chaque destin est déterminé dès l’enfance et on ne peut échapper à ce à quoi notre milieu et nos gènes nous prédisposent. Pour ne pas finir elle aussi dans un bocal, Paloma a décidé de se suicider le jour de ses treize ans. En attendant, elle tient deux journaux intimes: celui de ses pensées profondes, dans lequel elle écrit des hokkus ou des tankas, petits poèmes à la japonaise.

C’est un troisième personnage, monsieur Ozu, venu du Japon, qui va bousculer les habitudes bien ancrées du 7 rue de Grenelle, et faire tomber les barrières derrière lesquelles s’abritent Renée et Paloma pour se protéger d’un monde qu’elles jugent hostile et peu compréhensif…

L’Élégance du hérisson est un roman intéressant, qui mêle philosophie et littérature, et nous oblige à nous questionner sur le sens de la vie, l’importance des autres, de l’art, de la musique et de la littérature dans notre vie. Tandis que les anglo-saxons sont de véritables storytellers, des raconteurs d’histoire dotés d’imaginations débordantes, les auteurs français, à l’inverse, quand ils racontent une histoire, en profitent trop souvent pour y faire passer des messages politiques, philosophiques, pour y étaler leurs connaissances, ou pire, pour y parler d’eux. Du coup, l’histoire en pâtit et devient de manière trop évidente prétexte à autre chose (les anglo-saxons, eux, savent faire passer des messages plus subtilement en respectant l’histoire). L’Élégance du hérisson n’échappe pas à ce défaut: l’histoire est un peu secondaire et sa trame assez légère. J’étais tentée de rajouter que l’auteur fait preuve d’autant de snobisme que les propriétaires de la rue de Grenelle en prônant, par le biais de ses personnages, la supériorité de la culture orientale sur la culture occidentale, des peintres flamands sur les italiens, etc. Mais après tout c’est une question de goût et c’est son droit: je viens bien de faire exactement la même chose en comparant les auteurs contemporains français et anglo-saxons.

En conclusion, malgré ses défauts, L’Élégance du hérisson est un roman si bien écrit, que je pardonne à l’histoire sa tendance à tomber parfois dans l’exercice de style…

Note: 4/5

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Comments

J’ai trouvé ce livre pour ma part très vide et même douteux. Des références savantes étalées çà et là, mais pas vraiment exploitées, juste pour la frime. Pas d’histoire, et le soi-disant personnage de la concierge se fait phagocyter l’auteur qui profite d’elle pour étaler ses jalousies et ses nombreuses frustrations qu’elle ne sait dissimuler.
“A bas les riches, à bas les bourgeois, vive les japonais !”, telle est la devise ô combien profonde de l’auteur. Bref, on sombre dans l’arbitraire gratuit et dans le réquisitoire inutile.

Et puis comment vais-je finir mon bouquin ? Bah mon personnage se fait renverser par un camion (pouet-pouet) et boum on n’en parle plus. Comme c’est orginal !

On sent, enfin, la frustration de l’auteur de n’avoir jamais intégré Normal Sup, alors elle crache sur les normaliens. C’est ce qu’il manquait de pathétique à ce bien médiocre roman…

Ah… Ils sont rares les auteurs français qui ne sont pas “vides” et qui savent raconter des histoires, des vraies (à part les auteurs de polars, qui eux assument totalement, mais qui seront toujours considérés comme écrivains de “sous-littérature”). En France, aujourd’hui, pour se faire remarquer, il faut faire intello, truffer son oeuvre de références, et si possible faire de la métafiction (et même ça à mon avis, les français s’en sortent mal)… Bon, je ne suis pas si sévère que vous concernant “L’élégance du hérisson”, que j’avais trouvé bien écrit, mais je comprends qu’il puisse agacer…

Oui, l’auteur possède une “jolie plume” pas désagréable à lire, mais son roman est problématique sur le fond, et cela pour toutes les raisons que vous évoquez.

C’est bien ce qui m’a frustré : des capacités d’écriture évidentes, hélàs au service d’une non-histoire et de “thèses” douteuses.

PS : un grand merci pour ce blog littéraire. :) )

Merci beaucoup pour votre appréciation!

Avez-vous lu “Les Déferlantes” de Claudie Gallay? Très bien écrit également, mais pas un roman à thèses, juste une histoire assez simple (certes moins en rebondissements et retournements de situation que les romans anglo-saxons), et fort bien contée…

Pas encore, mais merci pour la suggestion ! Je ne m’intéresse qu’assez peu à la littérature française actuelle (j’enseigne l’anglais, donc je lis davantage les auteurs britannique et américains en VO) mais les idées de lectures sont bienvenues.

En français, j’en suis resté aux grands classiques : Les liaisons dangereuses, l’Assommoir, Madame Bovary, Bel-Ami, Le Rouge et le Noir, etc.

A bientôt,
C.

Je lis moi aussi beaucoup plus d’auteurs anglo-saxons en anglais que de français! Je vous envoie alors sur mon autre blog, Discussing Books (http://www.discussing-books.com), pour des tas de conseils de livres anglais ou américains!
Pour les classiques français, mon “trio de tête” est Maupassant/Zola/Flaubert, et j’aime beaucoup tous les livres que vous avez mentionnés (en revanche, j’aime beaucoup moins Proust, Balzac, ou encore Chateaubriand…) Mais il est rare que je lise des classiques à présent, j’en ai lu beaucoup par le passé (je n’enseigne pas mais j’ai fait des études de Lettres).
Peut-être à plus tard sur Discussing Books! Et merci pour vos commentaires très pertinents, ça me montre que mon blog existe aussi pour une autre raison que de garder des “fiches perso” de mes lectures!

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