Catherine Cusset, Confessions d’une Radine

La narratrice de ce livre dévoile sans pudeur le défaut qui lui a gâché la vie jusqu’à présent: sa radinerie. Ce n’est pas une radinerie ordinaire qui empoisonne les moindres actions de la narratrice, c’est une radinerie qui se double de cleptomanie et de compulsions d’achat…

Dès l’enfance, la narratrice, issue d’une famille bourgeoise moyennement aisée, vole. Elle chaparde dans les magasins, y acquiert "gratuitement" ses fournitures scolaires et quantités de bonbons. Avec une copine, elle explore les poches des manteaux de ses camarades de classe. Un jour, son amie, sans le savoir, dérobe 50 francs à une gamine pauvre pour qui cette somme représente les économies d’une année. De tels actes s’accompagnent après coup d’une honte brûlante, qui n’empêchent pas l’auteur de recommencer, jusqu’à l’age adulte, alors qu’elle est déjà reconnue en tant qu’écrivain…

Pour elle, sortir le portefeuille s’accompagne de grincements de dents et de remarques acerbes à ceux qu’elle tient pour responsables de ses dépenses: au restaurant, elle ne paie que sa part. Rarement capable d’offrir un repas (même s’il y a des circonstances où elle met un point d’honneur à le faire sans rechigner), quand le partage de l’addition l’oblige à laisser sur la table une somme qui représente plus que sa consommation, celle-ci lui reste en travers de la gorge.

Pourtant, elle achète souvent avec frénésie… dès qu’elle a l’impression de faire une bonne affaire. Telle une fourmi, elle stocke, prévoyant des cadeaux dont les destinataires ne sont pas encore bien définis au moment de l’achat. Porcelaines ébréchées de seconde main, vases kitsch mais acquis à bon prix…, ses amies les reçoivent à l’occasion, tous ces trophées de sa pingrerie, et lui font comprendre qu’elle exagère…

Lucide la narratrice (l’auteur?) l’est: elle n’ignore rien du mécanisme qui se met en place dans sa tête et qui l’oblige à agir avec petitesse. D’ailleurs elle préférerait donner sans compter: elle admire les gens généreux, ceux qui offrent sans sourciller, et se délestent de leur argent sans effort apparent. Elle adorerait leur ressembler. Seulement voilà, on ne se refait pas… Écrire est pour l’auteur la consécration de sa radinerie: elle recycle ses émotions, ses expériences… pour de l’argent!

Ce petit ouvrage sans complaisance, impudique et voyeuriste, est assez intéressant. On a tous connu des gens pingres, et cette confession nous permet de comprendre ce qui se passe dans leurs têtes. On découvre que cette pulsion, comme toute névrose, n’est pas facile à combattre. Un livre vite lu, sur un sujet pas souvent abordé à la première personne, et avec une telle franchise…

Un conseil: N’achetez ce livre que si vous n’êtes pas radin: il est très court (138 pages) et quand même assez cher! 
;)

Note: 3,5/5

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